Résidences à l’Institut français : la création numérique comme levier de diplomatie culturelle
Article publié le 25 septembre 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Article publié le 25 septembre 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Pour accompagner la création au-delà des frontières, l’Institut français s’appuie sur un vaste programme de résidences, déployé dans le réseau diplomatique et des structures partenaires. Quelles sont les spécificités de ces résidences ? Quelle place accordent-elles à la création en environnement numérique ? HACNUMedia fait le point avec Hannah Loué, responsable du pôle Résidences de l’Institut français.
L’Institut français – sous tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de la Culture – dispose d’un réseau diplomatique exceptionnel : 98 instituts français, plus de 200 antennes, près de 900 Alliances françaises ainsi que les services culturels des ambassades. Ce maillage permet de développer des programmes de résidence aux formats et aux ambitions très variés. “En 2024, nous avons défini une charte des résidences qui s’appuie sur les directives du ministère de la Culture”, explique Hannah Loué. Celle-ci fixe un certain nombre de principes : la rémunération et le défraiement des artistes, les conditions d’accueil et de travail. Pour autant, tous les programmes ne répondent pas à un cahier des charges unique. Bien au contraire. L’Institut français recense aujourd’hui près de 70 programmes de résidence à travers le monde. Une cartographie en ligne permet d’en identifier les caractéristiques, les modalités et les appels à candidature. Cette diversité répond aussi à une stratégie en écho aux contrats d’objectifs et de performance du Ministère avec une attention portée au contexte territorial. “Chaque résidence à ses singularités en fonction des enjeux artistiques, culturels et industriels” explique Hannah Loué.

Globalement, les programmes de résidences de l’Institut français peuvent être distingués en deux catégories. Les résidences dites “sortantes” permettent à des artistes français·es de développer un projet à l’étranger. Les résidences “entrantes” accueillent, à l’inverse, des artistes internationaux en France pour des temps de recherche ou de création. Dans les deux cas, la résidence participe d’une même stratégie d’échange et de circulation des artistes. “On agit pour les valeurs françaises, c’est un outil de diplomatie culturelle”», résume Hannah Loué.
Parmi ces résidences “sortantes” certaines sont des marques de prestige, déjà bien connues, à l’image des Villas Albertine (Etats-Unis), Kujoyama (Japon) ou Swagatam (Inde). Mais il existe un grand nombre d’autres résidences partout ailleurs. “Notre enjeu est de faire connaître ces résidences pour adresser le bon accompagnement, au bon artiste, au bon moment” commente Hannah Loué. Malgré cet ensemble hétérogène, les pratiques numériques occupent une place de plus en plus importante. Pour autant, il reste difficile d’en mesurer précisément la proportion. Certaines résidences sont explicitement consacrées aux arts numériques (Micromégas) ou aux croisements entre art, science et technologie ; d’autres sont pluridisciplinaires et accueillent des projets utilisant le numérique sans en faire leur objet principal (Magnetic).

La Villa Albertine aux États-Unis, Nouveau Grand Tour aux Pays-Bas ou Yi Tong en Chine infusent ces pratiques numériques dans leurs appels. Ils permettent par exemple d’explorer sans attente particulière le potentiel créatif des technologies comme avec Raphaëlle Von Knebel qui développe en 2026 Offshore Signals, Feeding the Sun, une installation reliant Rotterdam à son île natale à travers une lecture poétique et créole des phénomènes atmosphériques. Ces artistes sont mis en lien avec des structures et experts du pays comme les artistes Olivain Porry et Lou Fauroux, résident·es en 2026, mis en relation avec Fidji Simo, CEO, Applications chez OpenAI. Villa Formose, à Taïwan, ou Farnese x Villa Médicis en Italie, accueillent quant à elles des artistes liés à la création immersive comme Gohar Martirosyan qui a réalisé une création sous dôme explorant les mémoires enfouies du fleuve Araxe. En Nouvelle-Zélande, la Villa Antipode s’intéresse davantage aux croisements entre art et science. Certains programmes comme Ouest-Ouest à Vancouver se démarquent avec des spécialités de niche – comme IA et musique – profitant en 2025 à Arthur Kuhn et en 2026 à Carl Faia.

L’Institut français ne donne pas pour autant d’injonction spécifique au réseau concernant l’orientation vers certaines technologies comme l’IA. La multiplication des appels portant sur ces pratiques relève davantage de l’évolution naturelle des préoccupations artistiques. Et si les projets numériques ou hybrides peuvent nécessiter des équipements, des espaces de travail et des compétences techniques spécifiques, cela invite à repenser le cadre des résidences. “Les besoins matériels et logistiques de la création en environnement numérique sont assez spécifiques. Ça demande un réel investissement et à développer un réseau de partenaires spécialistes.” C’est par exemple le cas des résidences EXTRA en Belgique qui se sont spécialisées sur le jeu vidéo expérimental avec des partenaires comme Octobre Numérique.
L’action de l’Institut français ne se limite pas à accompagner les artistes français·es dans leurs parcours internationaux. Une autre partie de son activité consiste à favoriser la venue d’artistes étranger·ères en France. Deux dispositifs structurent particulièrement cette politique. Le premier repose sur un partenariat avec la Cité internationale des arts, à Paris, l’un des principaux lieux de résidence artistique au monde. “C’est notre programme phare, avec près de 70 artistes chaque année.” Dans ce cadre, l’Institut français gère 22 studios souscrits par les ministères de l’Europe et des Affaires étrangères et de la Culture. “Nous opérons une sélection d’artistes avec une commission annuelle, de toutes les disciplines artistiques, émergentes ou confirmées.” Des artistes comme Relja Cupic, Sofie Dieu-Grosjean ou Larisa Crunteanu sont accueillis pour des périodes de trois, six ou neuf mois.

Le second dispositif est le Programme d’accueil des artistes internationaux en résidence (PAIR). Ici, l’Institut français accompagne directement des structures implantées en France hexagonale et dans les Outre-mer qui souhaitent accueillir un·e artiste international·e déjà identifié·e. L’objectif est double : permettre aux structures françaises d’internationaliser leurs programmes de résidence et faciliter les connexions entre les artistes accueilli·es et les scènes professionnelles françaises. Le dispositif participe également à une volonté de rééquilibrage territorial. « On a le souhait de mailler le territoire français. » Relancé récemment, le programme soutient près 25 structures réparties sur l’ensemble des secteurs de création comme les Rencontres Audiovisuelles à Lille, lauréat en 2024. Une attention particulière est portée aux structures disposant de moyens plus limités, avec une bourse de résidence.
Pour l’Institut français, l’enjeu est aussi de ne pas considérer la résidence comme une parenthèse isolée dans le parcours d’un·e artiste. “On suit les artistes qui ont suivi cet accompagnement. On veut éviter le one shot : accueillir en résidence et sans soutien derrière.” Certains programmes de l’Institut français cherchent ainsi à articuler résidence, diffusion et accompagnement professionnel. La résidence devient alors une étape au sein d’un parcours plus long, susceptible de déboucher sur de nouvelles collaborations ou des opportunités de présentation. Cette temporalité est d’autant plus importante pour les projets de recherche et de création technologique, dont le développement peut s’étendre sur plusieurs années. Entre une première résidence de recherche et la présentation d’une œuvre aboutie, plusieurs étapes peuvent s’écouler. L’Institut français dispose également du PIDA, qui participe à cette logique d’accompagnement. L’enjeu est alors de penser les dispositifs – résidences et diffusions – non plus isolément, mais comme les différentes composantes d’un parcours artistique international. Le rayonnement culturel de la France se joue aussi dans ces conditions, aussi concrètes soient-elles, d’accompagnement des artistes.
Rédaction Adrien Cornelissen
Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut français. HACNUMedia en assure la rédaction en toute indépendance.