Quoi de neuf dans le vidéo mapping ? Analyse des compétitions sur l’année 2025
Article publié le 8 juin 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Article publié le 8 juin 2026
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Les festivals de vidéo mapping sont des espaces d’expérimentations et des tremplins pour les nouveaux artistes. En tant qu’artiste, je fréquente ces lieux depuis plus de 10 ans. En 2018, j’ai commencé à partager les compétitions et appels à projet du vidéo mapping à travers un groupe Facebook. Chaque année les résultats des compétitions sont publiés sur ce même groupe et je partage mon analyse sur cet écosystème en mouvement. Voici le bilan pour l’année 2025.
Une année de plus s’est écoulée et il y a près de 5 389 passionné·es de vidéo mapping sur ce groupe Facebook List of International Video Mapping open call & contest. En 2025, 33 festivals ont partagé sur cette page leurs appels à candidatures ou leurs compétitions, rendant de ce fait, cet échantillon cohérent à analyser. Voici les interprétations possibles de ces données.
En 2025, on comptait 13 compétitions de vidéo mapping. Les concours semblent légèrement perdre du terrain, au profit des appels à projets ou de la curation directe. Cela permet sans doute de mieux rémunérer les artistes, alors qu’une compétition ne rémunère que les vainqueurs ou les finalistes. Mais cela ferme aussi des portes aux jeunes artistes et aux nouveaux entrants, qui disposent de moins en moins d’espaces pour montrer leur travail et se faire repérer. N’oublions pas que nombre d’artistes aujourd’hui reconnus ont fait leurs armes via les compétitions. C’est une question importante qui revient souvent dans les discussions entre professionnel·les, artistes et festival car ce champ encore jeune des arts numériques est à la recherche de modèles économiques plus durables.

En 2025, nous avons découvert ou redécouvert de nouveaux talents venus du monde entier après des participations remarquées dans d’autres festivals : notamment l’artiste de Singapour Henry Hu, le collectif tchèque Metanoia Creatives, les indiens du Studio Moebius, ou encore Roberto Palma du Mexique. Trois d’entre eux sont d’ailleurs finalistes de la prochaine édition de SCHLOSSLICHTSPIELE Karlsruhe 2026.Bien que la liste des compétitions et festivals relayés par ce groupe Facebook n’est pas exhaustive, de nombreuses compétitions ont émergé, notamment à destination des amateurs (avec de petites dotations) et des étudiant·es (le León Light Fest au Mexique et la Fête des Images d’Epinal sont des références en la matière). De nombreuses opportunités restent toutefois enfouies dans les profondeurs du web.

Les grands rendez-vous européens restent le concours du Video Mapping Festival à Lille, remporté une nouvelle fois par un artiste allemand, Hans Bolz, ainsi que le Zsolnay Fényfesztivál en Hongrie, le SCHLOSSLICHTSPIELE Karlsruhe et le Genius Loci Weimar en Allemagne.
L’Europe de l’Est est également très active : retour du LightUp Festival en Roumanie, nouvelle édition de LUNAR en Bulgarie, et apparition d’une nouvelle compétition avec le Portal Festival porté par le collectif Elektrick.me. Les artistes d’Europe de l’Est Vali Chincișan et Ari Dykier restent très présents dans plusieurs podiums. La Roumanie accueille toujours la compétition IMAPP Winners League, remportée en 2025 par Elektrick.me (encore !) côté Bulgarie, tandis que les belges de Glitch Prod se sont vu remettre le prix du public. L’IMAPP rassemble toujours les vainqueurs de plusieurs festivals internationaux avec un concept de finale des compétitions et s’enrichie d’un second représentant asiatique en plus du festival japonais 1min Projection Mapping avec le Jakarta light festival d’Indonésie.

L’Asie est donc très présente sur la scène internationale. À commencer par la Chine avec le Chongqing Light Festival, et la présence de l’artiste SKG+ dans presque toutes les compétitions, marquant un retour fort sur la scène internationale. Le concours s’intitule désormais Asia Mapping Art Contest Manamana.
En Asie du Sud-Est, les artistes s’organisent notamment via ALIGHT – A Southeast Asian Light Network Conference, avec plusieurs rencontres organisées dans différents pays, notamment en Thaïlande (Bangkok Design Week) et à Singapour (Night Festival). Un focus sur l’Asie sera également proposé à IBSIC 2026 par Rencontres Audiovisuelles, modéré par Decide Kit.
On connaît déjà bien les nombreux festivals de Singapour et les différentes compétitions en Malaisie (Warung Terang by Filamen), etc. À noter : l’absence de l’édition 2025 de 1minute-PM (Michiyuki Ishita), même si l’équipe a participé à l’organisation d’un mapping pour l’Exposition universelle d’Osaka, réunissant des artistes du monde entier. Le concours revient sur un nouveau bâtiment à Tokyo en mai 2026, et s’annonce massif.

Que dire du continent américain, tant le réseau de festivals de vidéo mapping est dense : de San Francisco (Let’s Glow Festival) jusqu’au nord de l’État de New York (LUMA Festival), en passant par Cincinnati (Blink) ou encore les plages d’Alys Beach (Digital Graffiti).
Le Mexique n’est pas en reste, avec plusieurs nouvelles initiatives à Puebla (Glow MX Fest), en partenariat avec le festival GLOW Eindhoven, et Guadalajara qui s’apprête à accueillir un second festival, le MPPF MX, en novembre.
Les Amériques peuvent aussi compter sur un réseau d’entraide avec The Mapping Society, incluant un ambitieux projet de musée itinérant du video mapping. Sans oublier l ’excellent Festival de la Luz de Antigua au Guatemala qui continue vers sa troisième édition, et de nombreux festivals au Brésil (Guará Mapping Festival, Festa das Luzes de Joinville, etc.).


Pour conclure cette brève analyse annuelle, quelques questions. Au-delà des compétitions de vidéo mapping, en observant des dizaines de festivals et de créations à travers le monde, on remarque que certains styles deviennent immédiatement identifiables : Yann Nguema, Julia Shamsheieva, The Fox The Folks, SKG+, Julian Hölscher, ruestungsschmie.de, Ari Dykier, Filip Roca (lauréat des Mappings Awards 2025 à Lille), ou encore les espagnols de V.P.M, entre autres.
On voit aussi émerger des propositions originales comme le live mapping, où les bâtiments deviennent des scènes visuelles pour DJs, à l’image des projets de AV Extended pour le Monumental Tour de Michael Canitrot.
Le monde du mapping est donc toujours très actif. Mais parvient-il à se réinventer ? À maintenir la magie auprès de ses publics ? À trouver sa place dans l’histoire de l’art ? Manque-t-il une presse et une critique spécialisées dans les arts numériques, ou davantage de femmes à des positions de leadership dans le secteur ? La création d’une presse spécialisée dédiée au vidéo mapping, capable d’analyser les résultats et les tendances, semble être une étape inévitable pour consolider la structuration du secteur.
Jérémy Oury
Ce travail a rejoint l’ouvrage Image Beyond the Screen (ISTE editions) sous forme d’un article ainsi qu’une présentation lors des rencontres IBSIC 2018 à Lille organisées par les Rencontres Audiovisuelles.