Low tech : et si on envisageait la stratégie du cheval de Troie ? 

Article publié le 14 octobre 2026

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Celles et ceux s’étant frotté·es à une demande de financement auront constaté la part belle faite à l’innovation numérique. L’écologie, quant à elle, est souvent reléguée à des critères subsidiaires. Vous voilà donc encouragé·e à faire le grand écart : imaginer une IA créative frugale ou un métavers artistique éco-conçu. Notre maison brûle et nous sommes contraint·es de vénérer les Big Tech.  Alors, comment trouver l’équilibre face à ces injonctions contradictoires ? Utiliser les low-tech comme cheval de Troie pourrait être une solution.

Depuis la mise sur le marché des LLM à destination du grand public,  la France s’émancipe du techno-pouvoir fascisant des Big Tech et souhaite dicter sa propre stratégie IA. C’est ce qu’on appelle une stratégie de « souveraineté numérique » dont l’objectif est de garantir et protéger les intérêts technologiques de la France et non des français·es. C’est d’ailleurs l’enjeu des appels à projets France 2030 avec un axe consacré à la maîtrise des données et des infrastructures.  Mais comment les low-tech pourraient- elles être la tactique idéale pour réinjecter les enjeux écologiques au sein de ces politiques d’investissements ?

Les low-tech prônent la reprise en main de nos outils, en proposant des technologies qui répondent à l’urgence environnementale et renforcent notre capacité à agir. Elles permettent de comprendre le fonctionnement de nos technologies, de les adapter et de les réparer. En ce sens, elles résonnent avec le concept de « souveraineté technologique ». Notion développée par Margarita Padilla et inspirée de la « souveraineté alimentaire » de Via Campesi, son objectif est de garantir l’autonomie et l’indépendance technologique des populations – et non des Etats. 

Être low-tech implique de protéger et de contrôler nos données. Être low-tech implique de maîtriser les outils technologiques utilisés. C’est exactement ce que promeut la stratégie de « souveraineté numérique » de l’État.  Mais être low-tech, c’est aussi favoriser la convivialité, le partage des connaissances, l’open source, l’encapacitation et l’écologie.

Une fenêtre semble donc s’ouvrir pour réconcilier écologie et technologie grâce aux low-tech. Une fenêtre qui permettrait d’incarner une réelle « souveraineté technologique et écologique » en hackant la « souveraineté numérique ».

Et puisque le terme a mauvaise réputation, nous n’avons qu’un conseil : camouflez – vous derrière le libéralisme technologique, utilisez ses termes et ne dites jamais que vous faites du low-tech. Faites-le. Vous pourrez facilement expliquer en quoi vous répondez aux attendus nationaux de souveraineté numérique, tout en proposant in fine des technologies au service de la création, respectueuses de l’environnement. Une technologie non pas souveraine pour l’État, mais bien pour les publics et les artistes. 

Inès Selmane mène une thèse dont l’hypothèse est que l’association des arts numériques et des low-tech, permettrait d’explorer de nouveaux usages technologiques dits écosophiques au sens de Félix Guattari c’est-à-dire respectueux de l’environnement, de notre santé mentale et rendant le pouvoir technologique aux populations.

Inès Selmane

Inès Selmane est doctorante CIFRE en Art et STS au Pôle Pixel, CNAM et Paris 8. Elle tente de concevoir des technologies écosophiques en s’inspirant des arts hybrides et numériques et des démarches low-tech.