BOOK CLUB #5 (spécial IA)

Article publié le 18 juin 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Comment le numérique impacte-t-il la création artistique ? Et si nous cherchions des pistes de réponse dans les livres récemment parues ou à paraître. HACNUMedia a choisi plusieurs ouvrages pour nourrir vos réflexions et affûter votre regard critique. Une sélection spécialement dédiée à l’Intelligence artificielle générative.

Algorithmes Queers,
perturber les technologies, imaginer nos futurs



Guillaume Chevillon
B42 – avril 2026

« À la croisée de la théorie queer et de la conception algorithmique se niche le potentiel d’une IA fluide, coopérative, non linéaire et nourrie des potentialités de l’erreur. » Cette phrase, imprimée sur la couverture, résonne fortement avec les recherches de nombreux artistes numériques. Même si l’ouvrage n’aborde pas frontalement la question artistique, les passerelles avec le champ de la création apparaissent de manières évidentes. Guillaume Chevillon, chercheur en économie et en sciences des données à l’ESSEC Business School, pose une question simple : comment sortir des logiques déterministes ? Comment, mais aussi pourquoi ? Car dans un monde où les promesses des Big Tech ne riment qu’avec optimisation et productivité, il serait temps d’envisager une alternative technologique plus en phase avec les défis de notre époque. La réflexion du chercheur se déploie donc en 5 courts chapitres. Les premiers posent le contexte pour mieux arriver au coeur du livre, « Façonner une IA queer », donnant la méthode à suivre : ouvrir des espaces d’expérimentation, réhabiliter l’erreur, cultiver des formes de solidarité, embrasser l’incertitude… Guillaume Chevillon y esquisse des pistes concrètes pour imaginer des technologies moins normatives, capables d’accueillir les hésitations et l’intelligence collective. Utopique (et cela fait du bien) cet essai formule une théorie là où les artistes, eux, fabriquent des images, aux sens propres comme figurés. Un must read !

AC

Textes critiques My Google Search History

Albertine Meunier
L’avant galerie Vossen – avril 2026

Si nous laissons tous des traces sur le web, peu d’entre nous transforme cette matière en œuvre artistique. Exception faite pour Albertine Meunier. Pendant vingt ans, l’artiste française a archivé et compilé ses historiques de recherche en trois volumes. Ces requêtes Google documentent moins sa propre vie qu’une manière d’interagir avec les machines… qui n’ont cessé d’évoluer. Forcément, l’IA générative devait être de la partie. C’est justement le propos de son quatrième opus, Textes critiques My Google Search History. Ici, Claude prend successivement le style de Marcel Duchamp, Georges Perec et George Orwell pour commenter l’historique de recherches de l’artiste. Trois textes d’une pertinence troublante. Celui de Georges Perec (alter ego rêvé pour Albertine Meunier) impressionne par ses esquives Oulipo. Au-delà de la démonstration technique, le livre ouvre surtout un paradoxe : une intelligence artificielle entraînée sur des données web qui produit un discours sur ces mêmes données. Une boucle à la fois absurde mais non sans intérêt. Le résultat est malicieux, drôle et cohérent. Duchamp, le geste artistique… Perec, la structure du langage… Orwell, la manipulation et le contrôle… Ces auteurs n’ont définitivement pas été choisis au hasard.

AC 

Penser l’intelligence artificielle
Enjeux philosophiques, politiques et culturels de l’automatisation numérique


Sous la direction d’Anne Alombert, Alban Leveau-Vallier, Baptiste Loreaux
Les Presses du Réel – 2026

À rebours du discours du “grand remplacement technologique”, ce livre développe une réflexion épistémologique et éthique de l’IA. Réunissant une vingtaine de contributions issues de la philosophie, des mathématiques, des sciences politiques ou encore des arts, l’ouvrage explore moins la performance technique que les bouleversements démocratiques et culturels induits par l’automatisation. Les auteur·rices retracent l’émergence de ces technologies depuis les années 1960 et leurs effets sur nos régimes d’attention, nos usages du langage et nos imaginaires. Plusieurs artistes chercheurs enrichissent l’ouvrage de leurs réflexions : Gregory Chatonsky et Yves Citton abordent la reconfiguration de la mémoire à l’ère de la génération, tandis que Pierre Cassou-Noguès et Gwenola Wagon – dont nous avions précédemment évoqué le brillant essai Les Images Pyromanes – esquissent les contours d’un néo-romantisme algorithmique. Dans ce paradigme, les images sont produites pour capter l’attention, et portent nécessairement une puissance de sidération. Mention particulière enfin pour le texte de Judith Descamps, “L’IA peut-elle nous apprendre à vieillir ?”, qui déplace le regard vers des imaginaires de la fragilité et de l’effacement, loin des injonctions contemporaines à la performance. Son écrit, qui prend appui sur une expérimentation menée auprès de personnes en situation de handicap, est finalement à l’image du livre : analytique, exigeant, accessible et illustré par des réalisations concrètes.

AC

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