Et si une convention citoyenne sur l’IA voyait le jour ?

Article publié le 9 février 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Jamillah Knowles & We and AI / Creative Commons

Dans notre monde à l’économie globalisé, force est de constater que l’IA est objet de dévotion pour ses impacts économiques. Le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, qui s’est tenu à Paris en février 2025, il y a un an déjà, l’illustre bien puisque 200 milliards d’euros en Europe et 100 milliards en France seront investis pour le développement de l’IA, et ce alors même que tous nos communs (santé, culture, éducation, vie associative, écologie… etc.) se serrent la ceinture. La seule urgence affichée est de ne pas prendre de retards technologique et économique. En somme, il faut « Que l’Europe soit l’un des principaux continents leader dans l’IA » (Ursula von der Leyen). 

Quid des autres enjeux liés à l’IA : éthique, écologique, sociaux et vivre ensemble, etc. ? De la diversité des expressions culturelles ? Quelques menues déclarations, certes, mais aucun acte réel. Avec l’IA, il est question de nouvelles libertés technologiques apportées aux artistes, mais en oubliant que toute liberté est aussi responsabilité sur les effets qu’elle provoque. La liberté artistique, soumise à l’économie des IA, fait déjà signal : elle n’a pour seule responsabilité que d’être lucrative. Quant à la diversité des expressions culturelles, qui participe des relations entre les humains, à ce rythme elle sera bientôt annihilée par la rentabilité exigée par la hauteur colossale des investissements.

Les géants des industries culturelles et de l’IA sont déjà à la manœuvre avec les premiers accords commerciaux signés : Universal et Warner Music Group avec Udio, dans le secteur musical ; Disney avec OpenAI dans le champ de l’animation. Ils l’étaient aussi par un pillage illégal des créations comme on le voit (exemple parmi d’autres) lorsque Mediapart révèle que « pour entraîner son modèle d’intelligence artificielle, la maison mère de Facebook a téléchargé illégalement, dès 2022, les ouvrages accumulés par le site pirate LibGen. », le tout avec « l’implication centrale de Guillaume Lample, devenu l’un des patrons de l’entreprise française phare de l’IA. »

Attaché à la diversité des expressions culturelles, à leurs égales représentation, dignité et découvrabilité, Zone Franche, le réseau des Musiques du Monde, ne peut se résoudre à accepter ces sombres menaces. Se fondant sur les principes et valeurs des droits culturels, nous appelons donc à une reprise en main démocratique, sociale et culturelle de ces sujets, avec la mise en place de dispositifs de négociations qui reposeront sur le respect des personnes, de leurs associations, de leurs organisations et garantissant le respect des droits humains fondamentaux. L’éthique manque à l’économie de la rentabilité des IA.

En 2021, le réseau Zone Franche a mené une expérience concrète avec sa (mini) Convention Climat. Sur le modèle de la Convention Citoyenne pour le Climat, elle a mobilisé diverses natures de participant-e-s autour d’ateliers thématiques (mobilité des artistes, mobilité des publics, alimentation, numérique) afin de penser l’impact écologique des activités musicales, et les solutions pour le réduire. Ces travaux ont abouti à la publication d’un rapport avec 148 préconisations pour décarboner le secteur de la musique (à lire ici…).   

Ainsi, face à ces inquiétudes mais aussi au regard de cette expérience positive, la création d’une Convention citoyenne « IA, liberté artistique et diversité culturelle » ne s’imposerait-elle pas ? Elle aurait vocation – c’est impératif – à mobiliser largement (artistes et professionnel·les, chercheur·euses, expert·es et non-expert·es, etc.), afin que la société soit mobilisée et entendue sur ce sujet qui bouleverse nos humanités. Il est urgent que l’IA devienne un sujet politique et démocratique. 

Sébastien Laussel, directeur de Zone Franche

Zone Franche

Zone Franche est une organisation transversale qui rassemble toutes les catégories d’acteurs du secteur musical : festivals, salles, labels et éditeurs, représentants d’artistes, médias, associations culturelles, salons professionnels, etc. Cette diversité permet d’avoir une approche pluridisciplinaire, à 360°, des enjeux culturels, sociaux, politiques, etc. liés aux Musiques du Monde en particulier, et au champ artistique en général.